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ANNALES

LA SOCIÉTÉ ACADÉMIQUE

DE NANTES

ANNALES

DE LA SOCIÉTÉ ACADÉMIQUE

DE NANTES

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La Scdété Académique déclare ne pas se rendre solidaire des idées et opinions émises par les auteurs dont les manuscrits sont publiés dans ses Annales,

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ANNALES

DE LA

SOCIÉTÉ ACADÉMIQUE

DE NANTES

Et du Département de la Loire-Inférieure

DÉCLARÉE

ËtaUissenieDt il*ntilité pnblipe par Umlji 21 Oficemlire 1811

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Volume 6* de la 8' Série

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1905

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NANTES

IMPRIMERIE C. MELLINET, BIROCHÉ & DAUTAIS Suce*

5, Place du Pilori, 5

1906

r.

Discours de M. A. VINCENT

PRESIDENT SORTANT

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Messieurs,

Le temps s'enfuit si vite que notre insouciance même en est parfois surprise. N'est-ce pas hier que, dans cette même salle nous sommes, je vous exprimais, en m'asseyant pour la première fois à cette place, mes re- merciements et mes inquiétudes? Un an déjà s'est écoulé depuis, et voici l'heure venue de résigner mes fonctions.

Elles m'auront été douces. Messieurs, grâce à vous. Tant que l'aménité des caractères, tant que la courtoisie affectueuse des relations sauront harmoniser chez nous les opinions et les talents divers, ce sera un délassement de présider à vos discussions. Rappelez-vous les heures charmantes que nous avons passées ensemble, cette année, à écouter, puis à critiquer ces substantielles études sur notre architecture, sur nos poètes bretons, sur notre race celtique, et sur cette langue des temps futurs tous les hommes, comme nous, s'entendront.* Nous ne pouvions travailler mieux !

Me permettrez-vous pourtant de vous le dire ? l'heure du départ est celle des aveux nous ne pouvions

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travailler mieux : nous aurions pu travailler davantage. Nous nous sommes peut-être un peu mollement, vous et moi, abandonnés à la douceur de vivre ! Fûmes-nous très coupables? Quand le ciel est clair, le vent favorable, quand aucune voile suspecte ne paraît à Thorizon, parfois, l'équipage et la vigie elle-même se laissent assoupir au bercement des lames.

Mais soudain des nuages se sont amoncelés. Nous avons vu notre cher trésorier atteint d'un mal dont sa constitution robuste et sa bonne humeur inaltérable auront heureusement bientôt fini de triompher. En même temps, un scrupule respectable nous privait du concours de notre secrétaire général ; notre savant docteur Sacquet, qui serait le président idéal si à tous ses mérites ne se joignait celui d'une modestie excessive, se refusait à monter à cette place. Mailcailloz, notre ami Mailcailloz qui, depuis si longtemps, nous donnait à discrétion son temps, son esprit, sa sagesse, démissionnait du poste de secrétaire perpétuel. Tout cela, au moment même une haute assemblée, qui toujours nous fut si bienveil- lante,' semblait vouloir nous mesurer ses faveurs !

L'heure était grave. Messieurs, Allions-nous voir som- brer le navire qui, depuis cent sept ans, avait résisté à tant d'orages ?

Heureusement, au premier cri d'alarme, tous vous êtes accourus. La Société académique a vite, au premier rang, reconnu ses fidèles. M. Picard rassurait nos finances. M. de Wismes apparaissait au moment du danger, pour s'enfuir à l'instant de la récompense. M. Hugé acceptait la fonction délicate de veiller à nos traditions. M. le docteur Polo, M. Baranger, M. SouUard voulaient bien prêter main-forte pour diriger les manœuvres.

L'équipage était reconstitué. Restait à désigner le pi-

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lote. Vous avez eu, Messieurs, le bonheur et la sagesse de choisir, pour tenir ce rôle, un vrai marin qui, dans sa noble et déjà longue carrière, a affronté de plus dange- reuses tourmentes. A travers les écueils qui gênent encore la route, il vous guidera d'une main sûre et d'une parole brève.

M. le commandant Riondel, je suis heureux et fier de vous céder le gouvernail.

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Discours de M. le Commandant f^lOUDCL

PRESIDENT ENTRANT

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Mon cher Président,

Messieurs et très chers Camarades,

C'est une excellente tradition de notre Connpagnie, à chaque élection annuelle, d'imposer deux discours alïec- tueux au Président sortant et au Président entrant, en présence de tous leurs collègues.

C'est le meilleur moyen de perpétuer les relations courtoises et amicales, si franches et si cordiales, qui existent entre tous les membres de la Société Acadé- mique de Nantes depuis plus d'un siècle.

Je veux tout d'abord vous remercier du fond du cœur de vos trop bienveillants suffrages. Permettez-moi d'adresser, à vos familles et à vous, mes meilleurs souhaits de nouvel an, de santé avant tout, et de bonheur parfait.

Mon grand désir, pendant cette année 1905, sera de vous satisfaire et d'être utile dans la limite de mes moyens. Mon très cher prédécesseur, ma volonté est grande assurément, mais mon inexpérience est entière.

J'aurai recours à vos conseils, je suivrai votre exemple, et j'es[)ore arriver ainsi à l'accomplissement de ma tâche.

il

Le jour de mon élection, le 10 janvier^ un de nos anciens présidents, M. Merlant, a bien voulu nous donner un excellent conseil que je m empresse d'enre- gistrer : « Il serait très utile, nous a-t-il dit, de faire un plus grand nombre de conférences ou de lectures, et de faire appel à la jeunesse studieuse, amie des lettres et des sciences, que nous recevrions avec plaisir dans nos rangs comme membres résidants et correspondants. »

J'espère que ce langage, que vous avez déjà approuvé, aura son écho à Nantes et dans le département.

Nous montrerons ainsi le désir de la Société Acadé- mique de répondre aux encouragements et à la bienveil- lance du Conseil général et du Conseil municipal de la ville de Nantes.

Comme Président, je m'efforcerai de réaliser vos desiderata.

Pendant la durée de ma présidence, quand je serai à Nantes, je serai toujours à la Société de 10 h. 1/2 à midi. Il me sera très agréable de vous connaître de visu et de vous serrer la main, si vous passez par là.

Dans notre Société si calme et si laborieuse, nous ne connaissons que les relations aimables, les discussions courtoises, et notre confiance réciproque est sans bornes. Le Bien public est notre seul guide. Les petites rivalités d'amour-propre sont absolument inconnues. Nous accep- tons la présidence avec reconnaissanice quand elle nous est offerte si gracieusement. Mais, un bout de notre année, nous rentrons dans le rang sans regrets, comme vient de le faire M. Vincent, notre si distingué Président sortant, dont vous connaissez tous le double talent (Porateur et d'écrivain.

Tout dernièrement, un de nos plus syïïipathiques et distingués camarades, qui devrait occuper à ma place le

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fauteuil de la présidence, me disait ceci : « Ne devrait-on pas former une section des langues vivantes dans notre Société Académique ? Ce serait utile et c'est presque obligatoire en 1905. » J'approuve personnellement cette idée ; mais, comme Président, je suis l'exécuteur fidèle de vos décisions, et ne dois avoir aucune autre pensée.

Permettez-moi en linissant d'adresser, en votre nom, nos vœux et souhaits de nouvel an :

Aux autorités de la ville, à la Chambre de Commerce, à toutes les Sociétés avec lesquelles nous sommes en rela- tions en France et à l'étranger.

J'adresse à la presse nos meilleurs remerciements pour les services qu'elle a rendus, dans le passé, et qu'elle rendra à l'avenir, à notre Société Académique.

Recevez tous, mes chers collègues, l'assurance der- nière de mon entier et très affectueux dévouement.

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PRÉCIS

des éV^^nements qui se sont passés

A NANTES

Du 11 fuillet 181$ au 4 Août i8?o

(seconde restauration)

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PREMIÈRE PARTIE

MAIRIE B. Dt) fOV

Juillet i8i5 à Septembre iSiô

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La Restauration du drapeau blanc. Une

ordonnance du roi Louis XVIII, datée de Saint-Denis le 7 juillet, veille du jour de son entrée à Paris, enjoint « aux fonctionnaires de Tordre administratif et judiciaire, » aux commandants et officiers de la garde nationale, » qui étaient en activité de service le !«»* mars, de repren- i> dre à Tinstant leurs fonctions ».

Le 11 juillet au matin, le préfet Bonnaire, au reçu du Moniteur qui contient cette ordonnance, remet immédia- tement ses pouvoirs au conseiller de préfecture Allot, doyen du Conseil. Le maire Bertrand-Geslin et ses

u

adjoints, après avoir réuni le Conseil municipal, donnent également leur démission. Comme B. du Fou, qui était maire au 4«r mars, déclare ne vouloir reprendre son poste que le jour le drapeau blanc sera arboré, AUot délègue, pour expédier les affaires municipales, Eliennez, secrétaire en chef de la mairie.

Les événements qui se précipitent, à mesure qu'ils sont connus, provoquent les colères des amis de l'Empire et la ville est en proie à une grande surexcitation. Cet état est entretenu par le passage à travers la ville des troupes du général Lamarque, lesquelles reviennent de Vendée et retournent dans leurs garnisons; aussi les généraux qui commandent à Nantes refusent-ils le con- cours de leurs troupes pour faire reconnaître l'autorité royale, tant que ce mouvement ne sera pas terminé. Le 48 seulement, il prend fin et le 49, dès la première heure, le drapeau blanc est arboré sur les monuments publics. La garnison ne comprend qu'un seul régiment, le 65e.

B. du Fou, fidèle à sa promesse, prend possession du poste de maire. Il réunit le Conseil municipal et lui fait voter une adresse au Roi. Une proclamation est adressée par lui aux habitants. Toute réjouissance est ajournée pour ne pas donner prétexte à des démonstrations fac- tieuses. Le Directeur reçoit l'ordre de tenir fermées, pour cette soirée, les portes du théâtre. Malgré ces sages dispositions. Tordre est gravement troublé sur la place Graslin et la police doit intervenir pour disperser les rassemblements et rétablir la tranquillité. Le café Grand- seau, qui est le quartier général des mécontents, est, le lendemain, fermé par mesure de police.

Le 22 juiltet, la cocarde blanche est arborée par les troupes de la garnison.

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La Réorganisation des Administrations.

L'Administration, dont le fonctionnement a été profon- dément troublé par le soulèvement vendéen, se met en mesure de reprendre son service normal.

Une ordonnance du 19 juillet retire les pouvoirs extra- ordinaires qui, au moment du retour de Napoléon, avaient été donnés par le Roi et par les princes à des commissaires pour lever des volontaires et marcher contre l'usurpateur. Les corps francs que, de leur côté, les autorités impériales avaient formés pour combattre rinsurrection vendéenne, reçoivent Tordre de se dissou- dre immédiatement par une ordonnance de même date, du 19 juillet.

Le service de la poste est officiellement rétabli, dans toute l'étendue du département, à partir du 24 juillet.

Les douaniers et gendarmes, qui avaient fuir devant les Vendéens et chercher un refuge à Nantes ou dans les chefs-lieux d'arrondissement, reçoivent l'ordre de rejoindre leurs résidences.

Le baron de Barante, qui était préfet de la Loire-Infé- rieure au 1er mars, ayant été pourvu d'un poste impor- tant au Ministère, c'est le préfet de la Haute-Vienne, le comte de Brosses, qui est mis à la tôte du département. Il est installé dans ses fonctions le 26 juillet.

Les chefs vendéens, qui sont restés sous les armes, regardent comme non avenue l'ordonnance qui leur retire leurs pouvoirs. Non seulement ils ne congédient pas leurs soldats, mais encore ils cherchent à en augmenter le nombre. Ils se regardent comme les seuls et vrais sou- tiens de la monarchie. D'autre part, ils veulent, par leur contenance, en imposer aux Prussiens, dont la venue est prochaine dans notre département et dont on redoute les violences.

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La libre navigation. Le Commissaire principal, clief maritime au port et arrondissement de Nantes, dès le 19 juillet, dès que le drapeau blanc est officiellement arboré, se met en rapport avec Tamiral Hottam, qui com- mande Tescadre anglaise, en stationnement dans la baie de Quiberon, pour se concerter avec lui en vue de rendre la libre circulation à la navigation.

L'amiral ne s'en tient pas à une simple réponse. Il en\oie le capitaine Mitchell, fils d'un amiral, porter le message de paix. Cet officier, qu'accompagnent deux de ses frères d'armes, reçoit du Maire, de la Chambre de Commerce et de la population le plus sympathique accueil.

Désireux de témoigner aux nantais l'expression de sa reconnaissance pour leur cordiale réception, le capitaine Mitchell (ait, à son retour en Angleterre, exécuter par un artiste de talent un vase en argent, qu'une délégation vient offrir au Maire de Nantes.

Fête du 30 Juillet. Les esprits tendent à se calmer et les autorités jugent qu'elles peuvent, sans craindre de compromettre l'ordre public, permettre aux fidèles amis de la royauté de se livrer aux élans de leur joie.

Une iête est organisée le dimanche 30 juillet. La gar- nison est passée en revue. Un Te Deum solennel est chanté à la cathédrale. Le soir, un banquet est offert, à la Bourse, par les autorités consulaires et le haut com- merce aux Généraux, au Préfet, au Maire. Les officiers porteurs du message de l'amiral Hottam assistent à la fête. Les convives s'oublient quelque peu et le vif bonheur qu'ils éprou>^nt de retrouver la paix si désirée les fait sortir de la réserve qu'ils auraient observer. Des toasts

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sont, entre autres, portés aux Alliés, au Régent d'Angle- terre. Des feux de joie sont allumés sur les places publi- ques. On danse sur le cours et sur la promenade de la Bourse. Le lendemain, la fête populaire se continue. L'enthousiasme n'est pas moins grand dans les campa- gnes, surtout dans celles qui sont occupées par les troupes vendéennes.

Les royalistes, que le succès de cette fête enhardit, croient pouvoir en prendre à leur aise avec les bonapar- tistes, mais ceux-ci ne se laissent pas intimider et, pen- pant quelques jours, ce ne sont que disputes et rixes. Les autorités, pour mettre un terme à cette fâcheuse disposition des esprits, prennent quelques mesures. L'en- ti'ée de la ville est interdite aux officiers de l'armée ven- déenne et une demande est adressée au Ministère pour obtenir le déplacement du 65e, dont les officiers ont une attitude des plus provoquantes.

Organisation d'une Commission consulta- tive. — La nouvelle de l'occupation, le 4 août, de la ville d'Angers par une brigade de 5,U00 prussiens et des exactions auxquelles sont soumis les habitants de cette ville, jette notre population dans une grande anxiété.

Le Maire déclare au Préfet ne pas vouloir, seul, assu- mer la responsabilité des graves résolutions qui doivent èti'e prises. Il convoque d'urgence le Conseil municipal le 8 août et lui adjoint dix notables citoyens. On décide la formation d'une Commission, dite Commission consul- tative, qui est chargée de prendre toutes les dispositions que pourra exiger l'occupation. Elle est composée de six conseillers municipaux et de six notables.

Le duc de Bourbon. Le séjour de Ms^ le duc

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de Bourbon (père de Tinfortuné duc d'Enghien) pen- dant les journées des 9, 10 et H août, vient apporter une courte diversion aux graves préoccupations du moment.

Le prince voyage sans aucun apparat ; il porte le cos- tume de général vendéen.

Les autorités le reçoivent aux Sorinières. Des apparte- ments lui sont préparés à Thôtel d'Aux qu'occupe le Préfet. Le 10, il reçoit les autorités. Le soir> une repré- sentation extraordinaire est donnée en son honneur et au cours de laquelle les amis de la royauté se livrent à tous les élans de leur enthousiasme. Le 14, le duc quitte la ville, se dirigeant sur Angers.

Le général Thielmann insulté. Le général Thielmann, commandant du 3^ corps prussien, qui occupe la Sarthe et la Mayenne, vient passer à Nantes la journée du 12. Il voit le Maire et le Préfet et s'entend avec eux pour les dispositions à prendre en vue de loger les troupes d'occupation.

Nos concitoyens, d'une façon générale, savent contenir leur patriotique indignation. Les partisans de l'Empire, les officiers à demi-solde se montrent moins réservés. Ils excitent les esprits et montrent une grande exalUition. Le soir, au moment le Général sort de THôtel-de- France pour se rendre au théâtre, des sifflets, des huées se font entendre. On crie : Vive Napoléon ! Vive Tindé- pendance ! Les meneurs se tiennent sur les marches du café Grandseau. La force armée doit intervenir pour disperser les rassemblements et faire cesser le tapage. La population est péniblement impressionnée, car cet incident ne peut qu'indisposer les prussiens contre la ville et lui valoir de leur part un plus dur traitement.

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Le 65® à Saint-Jacques. Les autorités, en présence du rôle actif qu'ont joué au cours de la mani- festation du 12 août les officiers du 65e, reconnaissent qu'elles ne peuvent plus longtemps laisser ce régiment en contact avec la population et Tordre lui est donné sur le champ de passer sur la rive gauche de la Loire et d'aller prendre ses cantonnements dans le quartier Saint- Jacques, D'ailleurs, cette mesure ne pouvait être long- temps encore différée, car ce régiment, comme tous ceux de l'armée, devait, aux teimes de la convention militaire, aller se retirer au midi de la Loire.

La fête du 15 août, la saint Napoléon, se passe sans que les bonapartistes se livrent à quelque manifestation. La ville est calme et la procession du vœu de Louis XIII circule dans nos rues sans aucun incident.

Bien qu'une consigne sévère empêche les officiers et les soldats du 65^ de quitter le quartier Saint-Jacques et de venir à Nantes, leur influence se fait encore sentir. Les meneurs de la ville vont prendre le mot d'ordre dans le faubourg et l'état des esprits se maintient dans une grande excitation. On prend la résolution d'éloigner le 65e et de l'envoyer à La Rochelle. Les préparatifs, qui sont faits par le régiment en vue de son départ, sont connus par les chefs vendéens et ceux-ci, croyant que ces préparatifs sont dirigés contre leurs troupes, se met- tent en garde. Le tocsin, dans la nuit du 15 au 16 août, sonne dans les communes de la région. Le lendemain, on s explique, mais pour éviter tout conflit avec les détache- ments royalistes, le Préfet s'entend avec l'autorité mili- taire pour faire prendre au ■)5e la route de Legé, laquelle est en dehors des points de concentration de l'armée vendéenne.

Les élections législatives. Un des premiers

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actes de Louis XVIII avait été de dissoudre la Chambre des Représentants, élue pendant les Cent jours. Par son ordonnance du 13 juillet, le Roi convoque les collè- ges d'arrondissement pour le 44 août et le collège dépar- temental pour le 22, en vue de nommer de nouveaux représentants.

La Loire-Inférieure doit nommer six représentants. Le choix des électeurs se porte sur Richard jeune, docteur-médecin, G. Barbier, négociant, de Coislin, Ant. Peyrusset, négociant, H. de Sesmaisons et le baron de Barante.

Le Maire de Nantes, B. du Fou, président du collège départemental, est chargé de présenter au Roi une adresse de ce collège.

Dispositions prises par la Commission consultative. La Commission consultative se met à Tœuvre et mène rapidement sa tâche à bonne tin. Divers immeubles sont transformés en casernes. Les cor- deries sont disposées pour recevoir les troupes de cava- lerie. Des marchés par adjudications sont passés pour la fourniture des diverses denrées nécessaires à la nourri- ture des hommes et des chevaux, etc. Des lits sont demandés aux habitants pour meubler les casernes, moyennant une indemnité.

La Commission se trouve dans un grand embarras au sujet des quantités de denrées et autres objets, car, malgré les instances des autorités, aucun renseignement n'a été fourni par les généraux prussiens sur les elTectifs des troupes qui doivent occuper la ville. Cette incertitude est surtout grave au point de vue du chiffre des dépenses et de la somme qui doit être demandée aux contribuables pour y faire face.

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La Commission en est réduite h prendre pour base de ses appréciations le nombre d'hommes que les casernes ou bâtiments, qui en tiennent lieu, peuvent contenir et elle s'arrête au chiffre de 2,000 hommes. En portant à quatre mois le temps de l'occupation, elle croit qu'une somme de 400,000 fr. sera suffisante pour parer à tous les besoins et, dans sa séance du 18 août, décide que l'on se procurera cette somme en frappant les habitants :

D'une contribution extraordinaire de 50 o/o sur le principal de la taxe foncière et de la taxe des patentes ;

2o D'une contribution de 10 o/o sur les loyers, laquelle serait, s'il est nécessaire, portée à 20 o/o. Les rôles sont immédiatement établis et la perception en est ordonnée par tiers, tous les dix jours, à partir du 7 septembre.

La contribution de 100 millions. Une

ordonnance du 16 août frappe le pays tout entier d'une contribution extraordinaire de 100 millions à titre de réquisition de guerre. Le contingent à fournir par le département de la Loire-Inférieure est fixé à la somme de 4,800,000 fr. Une Commission, nommée par le Préfet, procède à une répartition de cette somme entre les cinq arrondissements. Dans chaque arrondissement, fonction- nent des Ck)mmissions pour la répartition entre les com- munes.

A Nantes, les capitalistes, négociants patentés, sont imposés à raison de leur train de vie, du chiffre de leurs affaires, et on y joint les propriétaires fonciers payant une cote supérieure à 20 fr. Dans les arrondissements, vu le petit nombre des rentiers ou de négociants, on se borne à répartir le contingent de chaque commune au prorata de la cote des propriétaires fonciers payant 20 fr. et plus.

Comme le travail est pratiqué avec une grande célé- rité et que le chiffre des non-valeurs peut donner des sur- prises, et, d'autre part, pour ne pas en arriver à recourir à une imposition supplémentaire, on surcharge les capi- talistes, rentiers et patentés nantais et le montant des rôles mis en recouvrement est porté au chiffre de 2,057,378 fr., au lieu de 1,80..),000 fr. Le travail est mené rapidement et le paiement des taxes doit être effectué en quatre termes, du 45 septembre au 45 novembre. Cer- tains négociants de Nantes, imposés d'une façon exces- sive, préfèrent faire saisir leurs marchandises plutôt que d'acquitter la taxe portée sur leur rôle.

Les journaux. Les deux feuilles périodiques qui s'éditent dans notre ville : « Le Journal de Nantes et de la Loire-Inférieure », de M^e Mellinet-Malassis, et « La Feuille commerciale », de Victor Mangin, mises en demeure, aux termes de l'ordonnance du 8 août, de se pourvoir d'une nouvelle autorisation, sont autorisées par le Ministre de la police générale à continuer leur publi- cation.

Fête du Roi. La fête du Roi, la Saint-Louis, le 25 août, est célébrée avec toute la pompe de Tannée précédente. Messe solennelle à la cathédrale, spectacle gratuit au Chapeau-Rouge, illuminations, feux de joie, orchestres pour la danse. La fête populaire se poursuit, le dimanche suivant, par des banquets, des pique-niques. Les partisans de l'Empire ne se livrent à aucune démons- tration factieuse. Les campagnes ne montrent pas un moindre enthousiasme que notre ville (*).

(1) Cette fête se célèbre tous les ans avec la même pompe.

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Le licenciement des corps vendéens. Les

chefs vendéens, en restant sous les armes, paralysent Faction régulière des administrations et le Procureur général de Rennes se trouve dans la nécessité de donner, par une circulaire en date du 17 août, des instructions très strictes aux juges d'instruction et aux procureurs, au sujet de la mise à exécution de l'ordonnance du 19 juillet.

Dans les arrondissements d'Ancenis et de Château- briant, dans lesquels les corps royalistes n'ont présenté qu'une consistance sommaire, tout rentre rapidement dans l'état normal. Il n'en est pas de même dans l'arron- dissement de Savenay, de Goislin a organisé ses contingents d'une façon plus administrative et qu'il ne congédie que le 9 septembre.

Une exception est faite pour le corps du comte de Mornac qui occupe la rive gauche de la Loire. Ce corps, en effet, a reçu la mission de défendre les ponts de Nantes contre l'incursion des prussiens, au lieu et place de l'armée régulière dont le licenciement, décidé en principe, doit s'effectuer à bref délai. Un commissaire du Roi vient organiser ce corps et assurer, d'une façon administrative, ses moyens de subsistance.

Cette persistance des chefs vendéens à rester ainsi sous les armes évite à notre département les scènes de terreur blanche qui ensanglantent le midi, et l'arrondissement de Paimbœuf, le seul dans lequel il n'^ eut aucune organi- sation royaliste, est le seul un acte de violence est exercé ; le 29 août, la demeure du notaire Sauvaget, de Saint-Père-en-Retz, ancien maire sous l'Empire, est, en son absence, mise au pillage par les gens de Frossay, Arthon et Rouans.

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L'occupation prussienne. Le corps du général Thielmann, qui avait d'abord été désigné pour occuper notre ville, arrête sa marche vers TOuest et prend ses cantonnements dans le Maine et TAnjou. Nos concitoyens se bercent un moment de Tespoir d'échapper à la visite des prussiens, mais ils ne tardent pas à voir tomber leurs illusions.

Le Préfet fait connaître au Maire, par une lettre du 2 septembre, que les prussiens s'approchent de notre ville. Le Maire* prend ses dispositions pour renforcer le service de la police, en vue de mettre ordre aux conflits qui pourraient s'élever entre les habitants et les soldats étrangers. Il adresse un dernier appel à ceux de ses concitoyens qui ont été requis de fournir des lits aux casernes ; il leur recommande de fournir également des essuie-mains.

Le comte de Tauentzein, qui commande le corps d'ar- mée destiné à occuper la Bretagne, lance, en arrivant à Rennes, une proclamation dans laquelle il fait entendre un langage des plus pacifiques.

Deux membres de la Commission consultative vont à Rennes s'entendre avec les Généraux prussiens, en vue des dernières dispositions à prendre. Ils reçoivent un accueil des plus sympathiques, mais les soldais ont gardé une profonde rancune contre les nantais au sujet de la manifestation contre le général Thielmann.

Le 12 septembre, la brigade d'occupation entre dans nos murs. Son passage, à travers les rues de notre ville, ne soulève aucun incident. Grâce aux mesures prises par la Commission consultative et par le commandant de place Somnierfield, qui se trouvait à Nantes depuis le 8, avec une avant-garde, tout se passe dans le plus grand ordre. Les soldats étrangers relèvent la garde nationale

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dans les postes qu'ils doivent occuper. Les distributions se font avec une grande ponctualité.

Les soldats prussiens sont Tobjet d'une discipline très sévère. D'ailleurs, ils ne restent pas oisifs, et une grande pallie de la journée est employée en exercices et manœu- vres sur la prairie de Mauves. Les oiticiers logés chez l'habitant se montrent très exigeants pour le sen'ice de la table. Les généraux et officiers supérieurs mènent un grand train de maison. Le général Horn, commandant la brigade, qui loge à l'Evêché, a à son service 8 domesti- ques et dans ses écuries 14 chevaux. La Commission consultative doit, à plusieurs reprises, résister à leurs prétentions et à leurs fantaisies.

La population est calme, mais on sent qu'elle se contient. Les partisans de l'Empire parlent haut et leur attitude n'est pas sans faire concevoir quelque alarme aux autori- tés. Au théâtre, ils ne laissent passer aucune occasion de narguer, tantôt par leurs sifflets, tantôt par leurs applau- dissements, les officiers alliés. Les généraux ne dissimu- lent pas au Maire leur mécontentement et menacent de prendre en main la police de la ville. Les anciens offi- ciers, les bonapartistes tiennent des conciliabules. Ces colères, difficilement contenues, font explosion dans la journée et surtout dans la soirée du dimanche 47 sep- tembre. Des rassemblements se forment et parcourent la ville en proférant des cris de menace contre les étrangers. Quelques violences sont exercées. On signale quelques rixes, mais aucun fait grave ne vient troubler la tranquil- lité, ni nécessiter l'intervention de la force armée.

Le lendemain, le major Sommerfield fait entendre un langage plein de menaces. Des mesures sont prises par les autorités nantaises pour éviter le dimanche suivant le renouvellement de ces scènes de désordre.

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La population a une heureuse surprise dans la journée du 22, en apprenant que les alliés vont quitter la ville, et, le dimanche 24, l'évacuation est complète. La brigade va prendre ses cantonnements en Normandie.

Le général Horn et le major Sommerfield, avant de quitter nos murs, remercient les autorités et la popula- tion de l'accueil hospitalier dont leurs troupes ont été l'objet de leur part. Le roi de Prusse, de son côté, tient à témoigner sa reconnaissance aux nantais. Il accorde au Maire la décoration de l'Aigle rouge et à la Sœur supé- rieure de rhospice une médaille.

La Commission consultative, dès le départ des prus- siens, établit le compte de ses dépenses et reconnaît que la somme de 400,000 fr. mise en recouvrement dépasse, d'une façon notable, le chiffre des dépenses faites ou engagées. Elle décide de ne demander aux contribuables que les trois quarts du montant de la contribution extra- ordinaire.

Les dépenses de l'occupation, après vérification par le Maire des comptes du trésorier de la Commission consul- tative, s'élèvent à la somme de 287,408 fr. 30 c.

Secours aux Vendéens. Le Ministre de la guerre, pendant la l^e Restauration, avait institué une commission pour distribuer des secours ou des pen- sions aux anciens vendéens que leurs blessures ou leurs infirmités avaient réduits à l'indigence. Un état des secours et des pensions avait été dressé, mais pendant la période des Cent jours, les dossiers relatifs à cet état avaient disparu. Tout ce travail doit être recommencé.

Les victimes du soulèvement de 1815 reçoivent un soulagement immédiat. Une somme de 3,000 fr. est remise au général commandant la 12e division pour

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être distribuée aux ayants-droit habitant le départe- ment.

Réorganisation de l'armée. Louis XVIII, le 23 mars, au moment il allait passer la frontière pour se réfugier en Belgique, avait prononcé le licenciement des armées de terre et de mer. Une de ses premières préoccupations, lors de son retour, fut de former une nouvelle armée et par son ordonnance du 16 juillet, il jetait les bases de son organisation. Notre département fut désigné pour être le siège d'une légion d Infanterie qui devait porter le nom du département et d'une com- pagnie de sapeurs du génie.

L'ordre de licenciement est donné le 7 septembre.

Comme on pouvait supposer que les Prussiens prolon- geraient un certain temps leur occupation, les autorités militaires avaient réquisitionné, dans le quartier des Ponts, la fabrique Dubern, en Beauséjour, pour y réunir le conseil d'examen qui devait procéder à l'incorporation des soldats de la nouvelle armée. L'évacuation de la ville, au 24 septembre, fait changer les dispositions prises et le conseil d'examen se réunit à la préfecture du 3 au 12 octobre. Dès le 12 octobre, une compagnie provi- soire peut être formée. Elle prend le service du théâtre que se partageaient la gendarmerie et la garde nationale.

Les anciens soldats, les officiers à demi-solde, la rage dans le cœur, tentent de débaucher les nouveaux sol- dats, et se multiplient pour provoquer les désertions. Le recrutement de la légion, par suite de ces manœuvres, s'opère difficilement. On songe un instant à faire un large appel aux vendéens qui ont pris part à la campagne de 1815. Les contingents de certaines paroisses sont tout disposés à prendre du service pourvu que l'on

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maintienne leurs officiers. Le Ministère se rend conipte des graves conséquences que pourrait entraîner une telle mesure et, pour montrer aux vendéens son bon vouloir, il abaisse pour eux la taille réglementaire de 4 pieds H pouces à 4 pieds 8 pouces.

En dépit des difficultés toujours nouvelles suscitées par les mécontents, la légion parvient à se constituer dans les conditions réglementaires et le 1 ^ janvier 4816 a lieu, sur le Cours (*), avec toute la pompe en usage, la recon- naissance des officiers ainsi que la prestation de serment.

Le fond de Tuniforme des légions est blanc. Chacune se distingue par la couleur des revers. La couleur distinc- tive de la légion de la Loire-Inférieure est Tamaranthe.

Œillets rouges et Violettes. La réorganisa- tion de Tarmée vient donner aux anciens serviteurs de l'empire non incorporés de nouveaux motifs de mécon- tentements et raviver leur colère. Des mesures de ri- gueurs sont prises contre eux, mais ils ne se laissent pas intimider et ne se gênent pas pour braver l'autorité.

En octobre, pendant deux dimanches consécutifs, un groupe de bonapartistes portant ostensiblement des œil- lets rouges, des violettes, des immortelles, circule à rheure de la promenade sur le Cours, narguant et invec- tivant les personnes dont les sentiments royalistes sont notoires. Le premier dimanche, les royalistes se tiennent calmes, mais le suivant, ils tiennent tête aux railleries, les deux camps en viennent aux mains. Les royalistes restent maîtres du terrain.

Sur la place Grastin, ce sont d'incessantes démonstra- tions. Les officiers de la légion sont hués dès qu'ils pa- raissent. Le signal de ces manifestations est donné par

(1) L'expression le Cours indique toujours le Cours Saint-Pierre.

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les meneurs dont le quartier général est toujours le café Grand seau.

L'état d'esprit qui tend à jeter le trouble dans notre ville est général en France. L'opinion est vivement travaillée par les agents bonapartistes. Des bruits circulent sur le prochain retour de l'Empereur j ils prennent, chaque jour, une nouvelle consistât] ce. On se croit à la veille d'un retour de l'île d'Elbe. Le Gou- vernement ne trouvant pas dans l'arsenal des lois des armes suffisamment puissantes pour mettre un terme aux menées séditieuses qui perpétuent le désordre et gênent la marche des affaires, s'adresse aux Chambres et celles-ci, répondant à ses vœux, votent successivement la loi du 29 octobre, relative aux mesures de sûreté générale^ la loi du 9 novembre, relative aux actes séditieux, et la loi du 20 décembre qui rétablit les cours prévôtales.

Le vicomte de Gardaillac. Les royalistes intransigeants se plaignent hautement de la mollesse et de l'inertie des autorités à l'égard des anciens partisans de l'empire, dont un grand nombre sont encore en possession de postes dans les diverses administrations.

Le Préfet, comme le Maire, restent sourds à ces récriminations, et se refusent à opérer une épuration dans leur personnel. Cette besogne est confiée à un nouveau fonctionnaire, au vicomte de Cardaillac, qui est nommé, par ordonnance du 24 octobre, commissaire spécial de police. Son installation a lieu le 9 novembre 1815, et, dès le lendemain de son entrée en fonctions, il se met à l'œuvre.

Des coupes sombres sont pratiquées dans le personnel des bureaux de la mairie, malgré la résistance opposée

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par le Maire. Sur huit commissaires de police, six sont révoqués. Les professeurs du collège doivent faire amende honorable pour être maintenus dans leurs chaires.

Les nouvelles lois du 27 octobre et du 9 novembre fournissent, au farouche commissaire spécial, des armes pour agir vigoureusement. Les officiers sans emploi, les anciens officiers, sont les premiers à supporter le poids de ses sévérités. Les aubergistes, les hôteliers, les loueurs en garnis, sont étroitement surveillés. Les cafés, cabarets, billards publics sont Tobjet d'une très stricte réglemen- tation. La possession, et particulièrement le commerce et la fabrication des armes, sont soumis à un contrôle minutieux et incessant. Les colporteurs, que Ton accuse de propager les bruits alarmants qui circulent dans les campagnes, sont